Le rassemblement des prières pendant la saison des pluies: Entre négligence et exagération

Cheikh Boureima Abdou Daouda

Le rassemblement des prières pendant la saison des pluies : Entre négligence et exagération

Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.

Louange à Allah, qui a instauré pour Ses serviteurs une religion d'équilibre et de facilité, et que la prière et le salut d'Allah soient sur notre Prophète Mouhammad, envoyé en tant que miséricorde pour l'humanité.

La prière constitue le pilier fondamental de l'Islam et le lien ininterrompu entre le serviteur et son Créateur. Afin de préserver ce rite sacré tout en épargnant toute difficulté aux fidèles lors des intempéries, le Législateur Sage a prévu des dérogations pleines de compassion. Parmi ces facilités figurent non seulement l'autorisation accordée aux croyants de prier directement dans leurs demeures -comme le stipule l'appel à la prière par temps de pluie : « Priez dans vos demeures »-, mais aussi le rassemblement des prières à la mosquée pour ceux qui s'y trouvent.

Cependant, l'observation du terrain durant la saison des pluies révèle un spectacle désolant au sein de nos mosquées. Deux attitudes diamétralement opposées se font face : d'un côté, un laxisme injustifié où certains rassemblent les prières à la moindre apparition de nuages ou après une ondée insignifiante ; de l'autre, une rigidité excessive où d'autres refusent catégoriquement cette Sounnah, contraignant les croyants à des déplacements périlleux sous une pluie battante ou à travers des voies impraticables.

Face à cette double dérive -qui oscille entre la négligence de La Sounnah et son instrumentalisation abusive-, il devient impérieux de rappeler avec clarté, équité et preuves à l'appui, les véritables critères canoniques qui régissent le rassemblement des prières. Quel est le juste milieu voulu par la Charî'a ? Quelles sont les causes légales réelles qui autorisent cette dérogation ? C'est à ces interrogations cruciales que la présente mise au point tente de répondre.

I. Le principe de base : L'accomplissement des prières à leur heure dite

La règle fondamentale en Islam est que chaque prière obligatoire doit être accomplie dans son intervalle de temps prescrit. Allah dit dans le Noble Qour'ân :

« إِنَّ الصَّلَاةَ كَانَتْ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ كِتَابًا مَّوْقُوتًا »
« Certes, la prière demeure, pour les croyants, une prescription (obligation) à des moments déterminés ».
Sourate 4 (An-Nisâ'), verset 103.

Le rassemblement des prières (Al-Djam') est donc une dérogation (Roukhsah) accordée par le Législateur pour lever la gêne (Al-Haradj) et la difficulté (Al-Machaqqah). Il ne doit être appliqué que lorsque la cause légale (Al-'Illah) est réellement présente.

II. Les causes légales (Les 'Ilal) qui autorisent le rassemblement en cas de pluie

Les savants de la jurisprudence (Fouqahâ') ont minutieusement défini les critères objectifs qui permettent le rassemblement des prières à la mosquée :

1. La pluie abondante qui mouille les vêtements

Il ne s'agit pas de quelques gouttes ou d'un simple crachin. La pluie ouvrant droit au rassemblement est celle qui est suffisamment forte pour tremper (mouiller) les vêtements, les chaussures ou repousser la masse des fidèles s'ils devaient sortir.

La preuve de La Sounnah : Nâfi' a rapporté au sujet d'Ibnou 'Oumar (qu'Allah l'agrée) :

« أَنَّ ابْنَ عُمَرَ كَانَ إِذَا جَمَعَ الْأَمْرَاءُ بَيْنَ الْمَغْرِبِ وَالْعِشَاءِ فِي الْمَطَرِ جَمَعَ مَعَهُمْ »
« Lorsque les gouverneurs rassemblaient le Maghrib et l'Ichâ à cause de la pluie, Ibnou 'Oumar rassemblait avec eux ».
Rapporté par Alboukhâry.

2. La boue abondante et l'obscurité

Même si la pluie s'est arrêtée, la présence de boue glissante, de flaques d'eau importantes sur le chemin de la mosquée, associées à l'obscurité de la nuit, constitue un motif valable de rassemblement, car elle cause un préjudice réel et un risque de chute pour les fidèles.

L'avis de l'Imâm Mâlik et des jurisconsultes : Dans l'école malikite, la boue abondante et l'obscurité intense sont considérées comme des motifs valables autonomes pour rassembler le Maghrib et l'Ichâ à la mosquée, car le préjudice porté aux croyants est similaire à celui de la pluie.

3. Le vent glacial et violent

Un vent extrêmement froid et violent en période d'intempéries, qui rend le déplacement vers la mosquée très difficile pour la communauté, autorise également le rassemblement selon plusieurs écoles juridiques.

III. Les conditions d'application du rassemblement à la mosquée

Pour que le rassemblement soit valide sur le plan canonique, les juristes ont posé des conditions strictes :

1. La présence effective de la difficulté au moment du rassemblement :
La pluie doit tomber au moment du début de la première prière (ou au moment des salutations de la première prière et du début de la seconde). Il est totalement interdit de rassembler la prière sur la base de simples nuages ou de prévisions météorologiques, car la cause (Al-'Illah) n'est pas encore établie.

2. La prière doit être accomplie en congrégation à la mosquée :
La dérogation du rassemblement pour cause de pluie a été légiférée pour préserver la prière en groupe à la mosquée sans faire subir de tort aux fidèles par un double déplacement. Celui qui prie chez lui ne rassemble pas ses prières pour cause de pluie, car il ne subit pas la gêne du déplacement.

3. Les prières pouvant être rassemblées :

  • Maghrib et 'Ichâ : C'est le cas à propos duquel il existe un consensus quasi général parmi les écoles qui autorisent le rassemblement pour la pluie (Malikites, Chafi'ites, Hanbalites).
  • Zouhr et 'Asr : L'autorisation de les rassembler pour cause de pluie fait l'objet d'une divergence. Les écoles Chafi'ite et Hanbalite l'autorisent si la pluie est intense, tandis que les Mâlikites réservent principalement cette dérogation au Maghrib et à l'Ichâ (en raison de l'obscurité qui s'y ajoute).

IV. Réfutation des deux dérives (Négligence et Exagération)

1. À l'encontre de ceux qui négligent la Sounnah

Refuser catégoriquement de rassembler les prières alors qu'il pleut abondamment et que les voies sont impraticables va à l'encontre de la miséricorde islamique et du principe d'allègement voulu par Allah. Le Prophète (prière et salut d'Allah sur lui) a dit :

« إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ أَنْ تُؤْتَى رُخَصُهُ كَمَا يَكْرَهُ أَنْ تُؤْتَى مَعْصِيَتُهُ »
« Certes, Allah aime que l'on profite de Ses dispenses légales de la même manière qu'Il déteste que l'on commette des actes de désobéissance envers Lui ».
Rapporté par Ahmad.

2. À l'encontre de ceux qui exagèrent

Rassembler les prières à la moindre présence de nuages, sans pluie effective ni boue gênante, constitue une atteinte à la prescription des heures de prière. Faire sortir une prière de son heure fixée par Allah sans excuse légitime est un péché capital (grand) (Kabîrah). Allah dit :

« فَوَيْلٌ لِلْمُصَلِّينَ ﴿٤﴾ الَّذِينَ هُمْ عَنْ صَلَاتِهِمْ سَاهُونَ ﴿٥﴾ »
« Malheur donc à ceux qui prient tout en négligeant leur prière ! ».
Sourate 107 (Al-Mâ'oûn), versets 4-5.

(Les exégètes expliquent que « négliger sa prière » inclut le fait de la retarder ou de l'avancer hors de son temps imparti sans motif légal).

Synthèse pour les Imâms

Le rôle de l'Imâm est d'évaluer la situation avec équité, responsabilité et crainte d'Allah :

  • Si la pluie est battante ou que la boue rend l'accès à la mosquée pénible pour l'Ichâ, il doit faciliter la tâche des fidèles en appliquant la Sounnah du rassemblement.
  • Si la pluie est insignifiante ou si la route est bitumée et sèche sans risque de souillure ou de danger, la règle de base s'impose : chaque prière doit être accomplie strictly à son heure.

Il convient de garder à l'esprit la valeur suprême de la prière accomplie en son temps. Lorsqu'on interrogea le Prophète (prière et salut d'Allah sur lui) sur la meilleure des œuvres, il répondit :

« الصَّلَاةُ عَلَى وَقْتِهَا »
« La prière accomplie à son heure ».
Rapporté par Alboukhâry et Mouslim.

L'Imâm ne doit donc recourir au rassemblement que lorsque la cause légale (Al-'Illah) est établie avec certitude, afin de ne pas priver inutilement les fidèles du mérite d'accomplir chaque prière dans son intervalle de temps béni.

Qu'Allah nous éclaire davantage et nous conforme davantage à ce qu'Il aime et agrée parmi les adorations, les paroles, les actes et les comportements apparents et cachés ! Âmîne.

Cheikh Boureima Abdou Daouda
Niamey, le 26 juillet 2026